vendredi 17 septembre 2010

International conference in Kerala (part 1 ; le titre)

International conference on global warming, climate change, sustainable developement, secular spirituality, Santhigiri, Thiruvananthapuram, Kerala





L'Inde : le seul pays qui affiche explicitement, rationnellement, ostensiblement, le rapport entre science et spiritualité ; le seul pays qui organise une conférence internationale scientifique dans un ashram ; le seul pays dans lequel la cérémonie d'ouverture se fait sur fond d'encens, de danse traditionnelle, de chant ; le seul pays dans lequel la conférence commencera chaque matin par une prière.




Je ne peux pas m'empêcher d'être surprise, choquée ; et les trois jours n'y feront rien, je resterai européenne, du pays du rationalisme et du positivisme. Je ne peux pas m'empêcher d'écouter « a spiritual person will care. That is why you need to be spiritual », avec un sourire aux lèvres... Je ne peux pas m'empêcher, malgré mes longues heures de méditation, de ne pas saisir la logique de la corrélation entre « there is no peace when there is no justice ; there is no justice when there is no spirituality »



Je ne peux pas m'empêcher de trouver naïfs ces professeurs, ces scientifiques, clamer une non-violence radicale, héritiers de Gandhi, en s'exclamant haut et fort, le poing levé, telle une formule magique et immédiatement applicable, que la solution au développement durable est « STOP MAKING WEAPONS AND STOP MAKING WARS »...à moi, la situation mondiale me semble tellement plus compliquée...



Le troisième jour sera réservé justement à cette « secular spirituality » et aux philosophes...aucun (sauf mon doyen athée, cf photo ci-dessus!) ne songera même à remettre cette association en question.

Je comprends cependant qu'il ne s'agit que d'une éthique comme une autre...que son fondement n'est autre que la justification, la légitimation, le prétexte à un changement de conscience, une pédagogie vers le développement durable ; c'est un moyen, le plus efficace ici, de créer une conscience écologique, fondée sur la nécessité d'un rapprochement de l'homme à la nature, d'un lien direct et simple, qui n'est pas, comme chez nous, légitimée par des données scientifiques viables, précises et prouvées, mais sur une mise en scène dramatique et pathétique en faveur de la terre que nous laisserons à nos enfants, de cette jeunesse qui est là et qui doit être responsable de l'avenir, de cette terre nourricière à qui nous devons tout, et des conséquences humaines catastrophiques de l'homme sur celle-ci...au final, les principes sont les mêmes. Seule la manière de les présenter diffère.





Ici, une conférence internationale est aussi un moyen d'éducation populaire ; dans l'ashram, de nombreux enfants, de nombreuses écoles viennent écouter les conférences, qui se doivent d'être pédagogiques ; dès lors, un enfant qui veut réciter un poème sur la terre peut le faire devant une assemblée de scientifiques, un autre qui pose de nombreuses questions sera officiellement récompensé, tous sont attentifs, tous posent leurs questions naïves et innocentes auxquelles on répond avec le plus grand sérieux du monde, tous rencontrent les professeurs d'université...cette curiosité, cette soif de connaissance, cette conscience aiguë de la nécessité de l'éducation, et du privilège, même au Kerala, qu'elle représente s'est tellement perdue en France. C'est une conscience vivante, présente, et si belle...
(et si étrangère, à moi qui suis habituée au conférence pointue, précise, scientifique, et un poil pédante...)





La spiritualité est aussi le garant d'une préservation du monde de l'économique et du politique ; réintroduire le lien à la spiritualité, c'est essayer d'empêcher d'être englouti par la mondialisation et les lois du marché, c'est essayer d'empêcher d'être perverti par la corruption. C'est peut-être la seule résistance qui soit encore possible en Inde pour essayer d'imposer une éthique écologique, politiquement non admise ou non perçue, et économiquement non viable. C'est essayer de faire comprendre le concept de limitation, qui doit être introduit dans la partie riche de la société, celle qui consomme à l'occidentale et qui laisse la pauvreté persister, qui surtout, surtout, essaye de conserver l'ordre établi.





Est ce que cela me dérange ? Une fois que je comprends qu'il ne s'agit que d'une éthique, une persuasion efficace pour l'Inde, plus vraiment...sinon que je me rends compte que les idéologies des cultures nous sont imposées par une minorité pensante, qu'elles soient bonnes ou non, nous les gravent précisément selon notre culture, précisément selon ce qui nous touche : nos scientifiques enchaînent les statistiques, les démonstrations rationnelles, les expériences valides et chiffrées pour nous convaincre de tout et n'importe quoi ; les indiens s'enflamment dans de grands discours pathétiques, caméras à l'appui, avec grandeur et rhétorique...au fond, nous aboutissons tous aux idées que l'on essaye de nous inculquer. L'esprit critique envers ces idées ne peut émerger que lorsque vous êtes dans une culture radicalement différente qui ne vous touche plus selon vos codes culturels, que vous pouvez analyser, sur laquelle vous avez le recul de la réflexion, et qui vous permet de vous apercevoir de toutes les manipulations intellectuelles, furent-elles morales, que nous subissons tous.

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