jeudi 30 septembre 2010

La routine de Delhi…

Deux mois et demi sont passés. Je construis mes repères, une routine, un quotidien, une existence paisible, et une nouvelle vie…le temps de l’installation se termine, le temps de l’attention continue se relâche, on s’habitue, on se familiarise. Je suis chez moi.

Oui, la routine : les dix allers-retours au bus counter pour se faire un abonnement. J’arrive, fermé. Mauvais jour. Je reviens, fermé. Mauvaise heure. Je reviens, ouvert : personne ne parle anglais. Je reviens, ouvert : je remplis un premier feuillet, à faire signer par mon centre (loin !) ; le temps que je revienne, il est trop tard (pas sur les horaires d’ouverture pourtant…), on me renvoie. Je reviens, les heures ont changé, fermé. Je reviens, j’ai confondu les jours, fermé. Je reviens, il manque un papier. Je reviens, fermé, je ne saurai jamais pourquoi. Je reviens, ouvert : espoir, début de l’inspection générale de mes papiers. J’attends 15 min que quelqu’un d’autre vienne que le gars du comptoir qui observe attentivement mes papiers sans bouger. L’autre arrive, deuxième inspection générale. Coup de fil, encore. J’attends. On me regarde attentivement, on me scrute. Silence. Attente.
Verdict : pas d’abonnement pour les casual student.

La routine. Je veux m’inscrire en cours de sanskrit : j’y vais, on ne parle pas anglais, on me renvoie ; je reviens, il n’y a personne ; je reviens, le professeur vient de partir manger, il faut l’attendre 2h ; je reviens, ce n’est pas possible de faire du sanskrit, mais je laisse un mot ; je reviens, il n’y a toujours aucun professeur, mais on me donne son numéro ; je reviens, personne en vue ; je reviens, tout est fermé ; je reviens, on ne parle pas anglais ; je reviens, on me fait attendre, toujours pas de professeur en vue ; je reviens, je rencontre ce professeur qui me prend en cours particulier, me montre les dictionnaires légués par une française qui avait appris avec lui, qu’il me léguera aussi., les cours commencent et je parle en sanskrit !

La routine. J'ai trouvé un Bailly à la BU, au rayon des études françaises, au fond, perdu, tellement poussiéreux et brun que certaines pages sont illisibles. Ca, un livre sur la physique nucléaire, un bouquin de linguistique dont la couverture est moisie et illisible, un dictionnaire du vocabulaire technique de la finance au milieu de la littérature dans des bouquins vieux de 200 ans, etc etc etc. Mais pas de dictionnaire anglais-français, français-anglais...

La routine. Deux pigeons viennent de rentrer dans le salon, volant à travers l’appartement jusqu’à ma chambre. Un nid sur le balcon. Un pigeon sur la corde à linge. Un pigeon sur le dossier de notre fauteuil. Un pigeon dans la cuisine. Un pigeon dans le salon.

La routine. Une bestiole, un croisement entre un cafard et un truc plus gros avec des pattes dans le bus, et je ne hurle pas. Un lézard m’observe pendant que je m’efforce de réciter mes conjugaisons sanskrites, et que mon prof et moi rigolons bien lorsque nous comprenons que j’apprends à partir de la première personne jusqu’à la troisième, du « je » jusqu’au « il », tandis que lui, évidemment, apprend la troisième personne d’abord, la première en dernier

La routine. Barbie en sari dans les magasins. Un grand fou-rire durant la publicité qui passe à l’entracte de Wall Street, ces interludes indiennes qui interrompent un film américain en plein milieu d’une scène, au milieu d’un énorme suspense, au milieu d’une scène pathétique, avec une bonne musique de Bollywood à fond et des gens qui accourent pour vous demander si vous voulez manger ou boire quelque chose.

http://http://www.youtube.com/watch?v=RPJTI8bO6C8"

Je mange des frites au miel, et ce n’est pas mauvais. Je mange des boules marrons étranges remplies d’eau sucrées, et ce n’est pas (trop) mauvais ; je mange des boules blanches marrons à presser qui suent l’eau sucrée, et ça, par contre, c’est vraiment dégueulasse.

La routine. Coupure d’électricité dans un market de riche : des clients chez Swarovsky en train de payer, sans générateur. La vendeuse doit sortir une énorme lampe de poche immonde, et paiement dans la nuit, à la lueur de la lampe de poche, pour des diamants.
- Après avoir mangé dans un restaurant classe et in, nous commandons deux cafés : impossible, il y a une coupure d’électricité, aucun service. Tout le restaurant s’arrête, on lave les vitres, je vais aux toilettes dans le noir complet. Attendez trente minutes. Une heure après, nous partons, sans nos cafés.
- Mes conversations skype qui s’interrompent et les texto que j’envoie « oui, je te rappelle dans 10 min, coupure d’électricité ! ».
- Ou les parties de soirée à la bougie, ou les nuits tous porte grande ouverte pour cause d’arrêt de ventilateur…

La routine. Les yeux braqués sur moi des hommes dans le bus parce que ma chemise, à manches longues, a un léger, très léger décolleté, chemise blanche légèrement, très légèrement transparente un matin de mousson… ou celui qui harcèle Pauline au téléphone parce qu’il travaille à Pizza Hut et qu’il a trouvé sa voix jolie quand elle a commandé.

La routine : un soir, dans notre rickshaw, nous passons devant un carrosse : un vrai, un énorme carrosse de cinq mètres de long et autant de haut, recouverts de paillettes, encombrés de coussins, remplis de serviteurs, et un homme à l’intérieur. Bienvenue au temps des Maharadjahs.

La routine : le bordel immense et indicible des jeux du Commonwealth. Il y a des line dans les rues, des files délimitées par des balises réservées. Sauf quand des motos s’y insèrent…ou des rickshaws…les policiers essayent d’introduire le concept de file : sauf quand ils tournent la tête ; on s’engueule, on se passe devant, on oublie une fois la balise dépassée, on revient aux six voies anarchiques, et les motos, et les rickshaws qui se faufilent. On négocie le prix des courses, parce qu’il faut passer devant le terrain de tennis, et que c’est définitivement l’anarchie de la circulation (mais les jeux méritent un article à eux tout seuls…)

La routine : quand je veux dire three, je prononce « tri » ; quand j’acquiesce, je hoche la tête de gauche à droite ; quand je dis « fifty », je prononce « pipty » ; notre femme de ménage est arrivée pour négocier, se présenter, et ne parle pas un mot d’anglais : il nous a fallu l’aide de notre propriétaire et de son fils, trois allers-retours à l’appart, une demi-heure de traduction pour arriver à nous comprendre. Et cinq minutes d’allers-retours dans l’appartement à lui montrer successivement serpillère, torchon, balai pour répondre à ce mot étrange qu’elle prononçait, avant de comprendre qu’elle nous disait qu’elle avait fini.

La routine : la fin de la mousson, oui, celle qui n’a pourtant pas de fin, la plus pluvieuse des trente dernières années. Il n’a pas plu depuis presque une semaine. Delhi sèche, on commence à ne plus envisager le chemin du bus comme un parcours du combattant, l’aventure du quotidien. Mes vêtements sortent moins moisis de mon placard ; j’ai d’ailleurs encore réussi à sauver un tee-shirt et un pyjama, et je n’ai plus peur dès que je l’ouvre. Les murs, d’où la peinture tombe à certains endroits, commencent à sécher. On parle de mettre des chaises sur le balcon. On mange au restaurant sur les terrasses, la chaleur est sèche, c’est un véritable été, il faut chaud, il fait bon vivre. On envisage sereinement de partir en week end. Les débardeurs, les glaces, les bières fraîches, les promenades dehors… Delhi donne envie de sortir, et l’on pense aux prochains mois magnifiques qui s’offrent à nous.

La routine à Delhi, où l’on voit les étoiles la nuit, et des éléphants dans les rues.

http://http://www.youtube.com/watch?v=0HpKe1lUo5I

vendredi 24 septembre 2010

International conference in Kerala (Part 4 : le jour où la vache sacrée a pris sa revanche)



Oui, je suis impure. Oui, ma recherche quotidienne et ma quête du Graal se résument en un steack saignant. Oui, les vaches qui se couchent dans ma rue et bloquent la circulation sont mon supplice de Tantale, et parfois, le soir, j'envisage de prendre mon couteau et de m'attaquer à elles, discrètement, quitte à me faire lapider par un hindou. Oui, JE MANGE DU BOEUF (ou plutôt, il fut un temps lointain où j'en mangeais...)

Le jour où je suis arrivée dans le sud fut une révélation : dans le Kerala, tous les petits restau cuisinent du boeuf !!! Et oui, ils sont hindou, mais ne voient pas le rapport entre manger des vaches et les honorer. Alors, ce dimanche, quand j'expliquais mon manque à tous ces carnivores mangeurs de boeuf comme moi qui m'accompagnaient, on m'a emmenée toute la journée savourer ces délicieux, et si rares mets constitués de ces vaches qui me narguent tous les jours... Le premier fut délicieux, cuisiné à la noix de coco...j'en repris, j'en repris, j'en repris, on ne m'arrêta pas et on rit beaucoup de ma ferveur carnivore. La journée ne pouvait être plus belle, au bord de la plage, une bière dans une main et du boeuf dans l'autre...



Mais manger de la vache sacré ne reste jamais impuni !!! Le dieu des vaches sacrées veille...les hindous me surveillent. J'ai péché, j'ai pleuré. Si, vraiment. I did. Le soir, on me ramène manger du boeuf, encore et encore, une sorte de cure pour les deux mois passés et ceux à venir, du boeuf en grosse quantité pour nourrir mon organisme en manque qui le réclame sans cesse. Indian coffee house, un restau subventionné par le gouvernement, aux prix imbattables. Par malheur, on oublie de demander moins épicé...je ne me doute de rien, je mange à la cantine de la fac tous les midi, je me fais livrer indien tous les soirs. Je mange comme les indiens, je ne crains plus rien, je suis invincible. Oui, mais...je vis dans le nord.

Le sud est cruel, finalement. Il m'aura fourni du boeuf à profusion, et aura sans doute versé la moitié du piment du pays entier dedans !!! Je me mets, pour la première fois depuis mon arrivée, à pleurer, à brûler, à mourir, littéralement et entièrement. Ma bouche, mes lèvres, ma langue, ma gorge, mon estomac, tout mon corps souffre. Et tous rigolent bien !!! (n'empêche, personne ne pourra finir, pas même les indiens 100% made in India du Nord, et na, et toc !!!) Je crois que mon corps fut anesthésié pendant deux heures, que j'ai vidé 2 litres d'eau, mangé un dosa entier, trois chapati (diverses sortes de pain), deux lassi à la rose et trois caramels pour essayer d'atténuer le phénomène. Ce fut en vain. On ne touche pas aux vaches sacrées impunément. Les conséquences sont terribles.

Ce fut la revanche de la vache sacrée qui me bloque la rue et que j'ai eu envie d'attaquer, un soir...

dimanche 19 septembre 2010

International conference in Kerala (part 3 : l'organisation à l'indienne...)

International conference = des professeurs, des personnalités politiques, des scientifiques, l'UNESCO, de grandes sociétés et compagnies... ; = des américains, des londoniens, des japonais, des iraniens, le président de l'East Timor (-localisation inconnue le jour dit, j'ai dû demander qu'on me le répète six fois, puis qu'on m'écrive son pays, parce que vraiment, vraiment, je ne voyais pas...-) qui voyagent pour l'occasion...

Quand l'Inde sort le grand jeu. Quand l'Inde voit en grand. Bienvenue dans la haute société, chez l'élite, bienvenue dans le luxe version business et intellectuels.

Oui mais... never forget : Incredible India.



Certes, l'avion, certes la belle voiture avec intérieur en cuir et climatisation à fond avec chauffeur qui nous attendait (et a ainsi détruit mes rêves de jeep défoncée à travers la jungle...), mais... l'attente.

Arrivée à Kochin à 13h30. A 20h, toujours à Kochin. Entre-temps ? Oh, bien sûr, un repas savoureux dans un hôtel de luxe pour commencer, enthousiastes et plein d'espoirs...puis, l'attente. Dans le hall de l'hôtel. Puis, la voiture, dans un autre hôtel que possède l'organisation de la conférence. L'attente dans une chambre de celui-ci. Petite balade improvisée avec les étudiants, puis, retour et...l'attente, toujours, dans ce même hôtel, dans cette même chambre, à cinq. Personne ne sait l'heure du départ, personne ne sait l'organisation prévue, personne ne peut nous expliquer. Et personne, jamais, ne haussera le ton.

Pourquoi ? Pour récupérer tout le monde en une fois, toutes les arrivées d'avion, et éviter de faire un aller-retour. Oui, une seule voiture a été envoyée à l'aéroport de Kochin.



Enfin, le départ. Les autoroutes indiennes ! Pas grande différence avec les autres routes, si ce n'est un peu plus de vitesse : toujours la conduite à contre-sens, toujours les klaxons, toujours les dépassements improbables face à face avec un rickshaw et une voiture...et par miracle, ça passe toujours (notons au passage la loi du plus fort : ce sera toujours le rickshaw qui se jetera dans le fossé !) ; toujours les camions multicolores, toujours les baraques sur les bas côté, toujours les routes défoncées et les sauts de deux mètres lorsque l'on passe dans des trous...mais sous les cocotiers, et en compagnie d'un professeur avec lequel j'analyserai La légende des siècles, et qui me parlera de TV5 qu'il met à ses enfants pour les émissions culturelles. Changement de paysage dans une Inde persistante.



Arrivée à destination dans la nuit. Un hôtel de luxe, chic, chic, chic au milieu d'un centre de recherches...La végétation parfaitement entretenue, le sol en marbre, une fontaine zen deux fois grande comme moi à l'entrée, un balcon immense avec vue imprenable sur les cocotiers du Kerala, une dizaine de personnes à votre service à n'importe quel moment du jour et de la nuit, une chambre spacieuse et parfaitement décorée avec une tablette qui commande absolument toute l'électricité de la chambre, de la clim à la lampe arrière droite du lit, et qui donne l'heure dans six villes différentes du monde entier...oui, mais...l'eau marron (cf article ci-dessous) et des serviettes de toilettes éternellement tâchée. L'empreinte de l'Inde, ou quand celle-ci les plie parfaitement pour ne pas que ça se voit au premier abord.
A 1h du matin, personne ne peut nous dire l'heure de la cérémonie d'ouverture du jour même.



Petit-déjeuner incroyable. Buffet, commandes possibles, de l'excellent café...oui, mais...éviter le petit-déjeuner indien ! Les plats qui ressemblent fort à ceux de la journée (ce ne sont en réalité pas exactement les mêmes, sauf pour une touriste occidentale française évidemment...), avec les mêmes épices, les mêmes consistances...ouf, les toast, la confiture, le miel ! Je suis sauvée, mais rattrapée au dernier moment par mes thaïlandais qui avec un grand sourire, partagent un bout de leur omelette aux légumes avec moi... Départ à une heure improbable, avec une heure de retard sur l'heure fixée, ce qui ne dérangera que moi, en plein stress et avalant mon petit déjeuner en deux minutes devant des indiens détendus, à peine réveillés, ou encore endormis...
L'attente, donc, du départ de la troupe, avec un soleil déjà bien chaud au-dessus de nous.



Enfin, l'arrivée, l'improbable, le fabuleux, l'extraordinaire. Un chapiteau en plastique immense planté au milieu d'un trou de sable. Jeep et rickshaw tout terrain, un incroyable chantier absolument de partout, un monde absolument incroyable, des escaliers en bois bralants qui soutiendront par miracle des milliers de personnes, des chaises en plastique disposées à l'infini sur un tapis en moquette rouge usé et défoncé. Mais, les ventilateurs, mais la climatisation.

Oui, mais...International conference ! Des caméras, des caméras, des caméras, des photographes, des photographes, des photographes ! Absolument de partout, impossible d'y échapper. Et une retransmission en direct, sur écrans géants dans le chapiteau et à l'extérieur dans tout l'ahsram (qui est, au passage, absolument et incroyablement immense !) ; et évidemment, moi, la blanche au look occidental (filmée par de jeunes indiens), j'y apparaîtrai beaucoup, beaucoup trop souvent
! Je serai ainsi la risée de mon doyen de philosophie... Bref, un show à l'américaine, entre chants, danses, caméras, discours enflammés et pathétiques, vidéos sanglantes, de l'action, de l'action, du son, du visuel, du grandiose, du fou ! Quand l'Inde se veut luxueuse...

Le premier programme de la journée ne contient aucune heure. Le déroulement s'effectue au rythme des danses, des caméras, des chants, du spectacle et encore du spectacle...Finalement, tout de même, des heures données. Et déjà, du retard, du retard, du retard à l'infini...durant les trois jours, nous commencerons avec une heure trente à deux heures trente de retard...et finirons parfois avec bien plus.

Oui parce que...personne n'est là avant 10h. Mais à 11h30, première pause thé et biscuit (et salé!) ; à 14h, repas ; à 16h30, goûter, pause thé et piment fris ; à 19h30, dîner (cela sur le papier, en réalité, variations de une à trois heures, et malgré les trois heures de retard parfois, une arrivée permanente dans une cantine qui ne sera, définitivement, jamais prête...).



Et oui, d'ailleurs, la cantine : deux tables immenses, l'une pour tous les indiens (nombreux, dont parfois je ne vois pas leur lien avec la conférence...), l'autre pour les foreign delegates, avec d'énormes casseroles posées dessus, souvent des gens pour vous servir, et des chaises en plastique au milieu. Mais ce sera toujours fort bon ! (sauf quand les indiens se mettent à faire du chinois, rien ne va plus...) ; et là, je vois ces éminents scientifiques londoniens et américains prétexter un repas avec un collègue, ou encore mieux "ma femme m'attend et a préparé le dîner", assez effrayé d'affronter l'hygiène alimentaire indienne. Et moi, qui, surveillant encore l'eau passe pour l'occidentale fragile, mêlée à tous les indiens, mangeant des glaces venues d'on ne sait où qu'on laisse décongeler à l'air libre, probablement avant de les ranger s'il en reste, des crudités qui auront tout de même un goût d'eau non potable et de pesticide sur les bords, des viandes variées qui viennent d'on ne sait où, sans peur ni reproche, je les trouve formidablement drôle ! I am indian.



Oui, mais...une indienne fort blanche ! Je suis française, et tout le monde le sait. On me présente aux professeurs d'universités indiennes et du Bangladesh, voire même, l'on vient me voir, éminents inconnus à mes yeux qui s'écrient : "oh, you are the french student in JNU. Nice to meet you. Do you live in Paris ?" NON. NON. NON. I DO NOT LIVE IN PARIS ! Je suis l'attraction. L'organisation de la conférence sera fascinée, les gamins des écoles passionnés, les professeurs flattés, m'inviteront chez eux, les scientifiques curieux m'assailleront de question (sur Paris!)...la France, la France, la France. La classe, la liberté, la culture, le romantisme, les valeurs...la France et son pouvoir extraordinaire d'envouter l'étranger. La France qui s'impose, qui en impose, qui coupe le souffle, qui suscite une attention folle. Evidemment, l'on prendra soin de moi. Evidemment, je serai chouchoutée. I am a french girl, what else ? ^^




Je me sentirais tout de même mal à l'aise et révoltée lorsque les indiens déclareront haut et fort que les occidentaux utilisent toute l'énergie mondiale, et que l'entière responsabilité de l'état de la planète leur incombe (cela dit, ils visaient avant tout, et avec raison, les Etats-Unis, et en définitive je crois que l' France suscite trop d'admiration pour être réellement critiquée!). Je pense fort à proposer d'installer des poubelles à Delhi, et à supprimer ces climatisations qui ont été installées la veille en plein après-midi, bloquées au maximum sur un même générateur d'électricité, nous condamnant au 12°C dans des chapiteaux en plastique sans porte, et tellement mal isolés...




Enfin, un programme culturel le soir, une cérémonie de clôture tout aussi impressionante, en couleurs et en caméras (et aussi interminable, après les discours de tous les grands diplomates, ministres, responsables de l'UNESCO et d'organismes écolo, etc etc etc à l'infini!, politesse formelle diplomatique oblige), et... la remise par un responsable d'un sac de business rempli d'épices, de miel et d'autres produits du Kerala, ainsi que d'un nombre impressionant de dépliant et de livres sur l'ahsram, la prière et des solutions pour la paix dans le monde, les abstracts officielles de la conference, une pochette officielle, etc etc etc...et...une statuette absolument immonde (mais gravée à l'intérieur au nom de l'association de recherche organisatrice!) offerts aux delegates officiels !

Ces mêmes delegates officiels qui peuvent passer devant les files closes pleines d'indiens des alentours pour accéder aux programmes culturels selects, que les militaires laissent passer absolument de partout à la vue de leur pochette (et de leur accent) officiels, que l'on guide, sert et recueille de partout, pour lesquels on coure et on s'exécute, ces delegates officiels rendus importants aux yeux de tous les appareils photos et rencontres, eux qui traversent l'ashram en voiture climatisée aux vitres fumées, eux que l'on vient chercher, eux à qui l'on sert le thé durant la conférence...ces delegates officiels comme moi (qui sont évidemment, absolument inutiles).

vendredi 17 septembre 2010

International conference in Kerala (Part two : HOLIDAYS!!!)



La mer,



La mer,



Les cocotiers,



Les plages,



Les cocotiers,



La mer,



Les plages,



Le sable orangé,



Les cocotiers,



La mer,



Les plages,



Les plages,



Les cocotiers,



La mer,



La plage,



Les vagues,



Le sable orangé,



La plage,



Les backwaters,



Les cocotiers,


L'eau depuis une barque,



Les backwaters,



Les cocotiers,



La plage,



Les backwaters,



La barque,



La mer !





Cliquez sur les photos pour agrandir le paradis !

International conference in Kerala (part 1 ; le titre)

International conference on global warming, climate change, sustainable developement, secular spirituality, Santhigiri, Thiruvananthapuram, Kerala





L'Inde : le seul pays qui affiche explicitement, rationnellement, ostensiblement, le rapport entre science et spiritualité ; le seul pays qui organise une conférence internationale scientifique dans un ashram ; le seul pays dans lequel la cérémonie d'ouverture se fait sur fond d'encens, de danse traditionnelle, de chant ; le seul pays dans lequel la conférence commencera chaque matin par une prière.




Je ne peux pas m'empêcher d'être surprise, choquée ; et les trois jours n'y feront rien, je resterai européenne, du pays du rationalisme et du positivisme. Je ne peux pas m'empêcher d'écouter « a spiritual person will care. That is why you need to be spiritual », avec un sourire aux lèvres... Je ne peux pas m'empêcher, malgré mes longues heures de méditation, de ne pas saisir la logique de la corrélation entre « there is no peace when there is no justice ; there is no justice when there is no spirituality »



Je ne peux pas m'empêcher de trouver naïfs ces professeurs, ces scientifiques, clamer une non-violence radicale, héritiers de Gandhi, en s'exclamant haut et fort, le poing levé, telle une formule magique et immédiatement applicable, que la solution au développement durable est « STOP MAKING WEAPONS AND STOP MAKING WARS »...à moi, la situation mondiale me semble tellement plus compliquée...



Le troisième jour sera réservé justement à cette « secular spirituality » et aux philosophes...aucun (sauf mon doyen athée, cf photo ci-dessus!) ne songera même à remettre cette association en question.

Je comprends cependant qu'il ne s'agit que d'une éthique comme une autre...que son fondement n'est autre que la justification, la légitimation, le prétexte à un changement de conscience, une pédagogie vers le développement durable ; c'est un moyen, le plus efficace ici, de créer une conscience écologique, fondée sur la nécessité d'un rapprochement de l'homme à la nature, d'un lien direct et simple, qui n'est pas, comme chez nous, légitimée par des données scientifiques viables, précises et prouvées, mais sur une mise en scène dramatique et pathétique en faveur de la terre que nous laisserons à nos enfants, de cette jeunesse qui est là et qui doit être responsable de l'avenir, de cette terre nourricière à qui nous devons tout, et des conséquences humaines catastrophiques de l'homme sur celle-ci...au final, les principes sont les mêmes. Seule la manière de les présenter diffère.





Ici, une conférence internationale est aussi un moyen d'éducation populaire ; dans l'ashram, de nombreux enfants, de nombreuses écoles viennent écouter les conférences, qui se doivent d'être pédagogiques ; dès lors, un enfant qui veut réciter un poème sur la terre peut le faire devant une assemblée de scientifiques, un autre qui pose de nombreuses questions sera officiellement récompensé, tous sont attentifs, tous posent leurs questions naïves et innocentes auxquelles on répond avec le plus grand sérieux du monde, tous rencontrent les professeurs d'université...cette curiosité, cette soif de connaissance, cette conscience aiguë de la nécessité de l'éducation, et du privilège, même au Kerala, qu'elle représente s'est tellement perdue en France. C'est une conscience vivante, présente, et si belle...
(et si étrangère, à moi qui suis habituée au conférence pointue, précise, scientifique, et un poil pédante...)





La spiritualité est aussi le garant d'une préservation du monde de l'économique et du politique ; réintroduire le lien à la spiritualité, c'est essayer d'empêcher d'être englouti par la mondialisation et les lois du marché, c'est essayer d'empêcher d'être perverti par la corruption. C'est peut-être la seule résistance qui soit encore possible en Inde pour essayer d'imposer une éthique écologique, politiquement non admise ou non perçue, et économiquement non viable. C'est essayer de faire comprendre le concept de limitation, qui doit être introduit dans la partie riche de la société, celle qui consomme à l'occidentale et qui laisse la pauvreté persister, qui surtout, surtout, essaye de conserver l'ordre établi.





Est ce que cela me dérange ? Une fois que je comprends qu'il ne s'agit que d'une éthique, une persuasion efficace pour l'Inde, plus vraiment...sinon que je me rends compte que les idéologies des cultures nous sont imposées par une minorité pensante, qu'elles soient bonnes ou non, nous les gravent précisément selon notre culture, précisément selon ce qui nous touche : nos scientifiques enchaînent les statistiques, les démonstrations rationnelles, les expériences valides et chiffrées pour nous convaincre de tout et n'importe quoi ; les indiens s'enflamment dans de grands discours pathétiques, caméras à l'appui, avec grandeur et rhétorique...au fond, nous aboutissons tous aux idées que l'on essaye de nous inculquer. L'esprit critique envers ces idées ne peut émerger que lorsque vous êtes dans une culture radicalement différente qui ne vous touche plus selon vos codes culturels, que vous pouvez analyser, sur laquelle vous avez le recul de la réflexion, et qui vous permet de vous apercevoir de toutes les manipulations intellectuelles, furent-elles morales, que nous subissons tous.